Les sorties répétées de Tibou Kamara contre le Ministre des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, qu’il accuse d’être « un médecin dans la peau d’un diplomate », relèvent davantage de la moquerie facile que de l’argumentation sérieuse.

Depuis quand le fait d’avoir exercé la médecine serait-il incompatible avec la diplomatie ? L’histoire mondiale regorge de profils atypiques devenus d’excellents diplomates. La compétence ne se limite pas à une étiquette professionnelle.
Elle se mesure à la vision, à l’engagement et aux résultats. Réduire un ministre à sa formation initiale est une critique pauvre, qui en dit plus sur celui qui l’énonce que sur celui qu’elle vise.
Mais au-delà de cette attaque superficielle, les Guinéens ont la mémoire longue. Car s’il est un homme dont le parcours interroge par sa constance… dans l’inconstance, c’est bien Tibou Kamara. Il a traversé pratiquement tous les régimes récents de notre pays.
Avec son cortège de poisse, il fut porte-parole sous le régime de Lansana Conté, en 2008, au moment où celui-ci disparaissait, ouvrant une période d’instabilité majeure. Il était également présent dans l’environnement du pouvoir du Capitaine Moussa Dadis Camara en 2009, une année marquée par des événements dramatiques, dont la tentative d’assassinat ayant conduit à la fin de son règne. Plus tard, il a intégré le système d’Alpha Condé, avant que ce dernier ne soit renversé et arrêté par les forces spéciales en septembre 2021.
Les faits sont têtus. Chaque étape de son parcours politique coïncide avec des périodes de chute ou de bouleversement du pouvoir en place. Bien sûr, nul ne peut sérieusement attribuer ces événements à un seul homme ; ce serait absurde. Mais il est pour le moins audacieux, pour ne pas dire ironique, de voir celui qui a été associé à autant de fins de régimes se poser aujourd’hui en arbitre des compétences et en juge des profils.
Avant de distribuer des certificats de légitimité, encore faudrait-il pouvoir revendiquer une stabilité d’engagement et une cohérence politique. La diplomatie ne s’improvise pas, certes. Mais la constance et la crédibilité non plus.
Les Guinéens attendent un débat de fond : sur la politique étrangère, sur la place de la Guinée dans le concert des nations, sur les partenariats stratégiques et les intérêts supérieurs du pays. Pas des sarcasmes personnels qui détournent l’attention des vrais enjeux.
À force de tirer sur tout ce qui bouge, on finit par oublier de construire. Et la Guinée, elle, a besoin de bâtisseurs, pas de commentateurs permanents.
Boubacar Yacine DIALLO , Analyste Politique et Observateur Indépendant !






