Mamadi Doumbouya a profité de son retour à la table de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest pour critiquer la politique de sanctions de l’organisation. Devant ses homologues réunis dimanche 19 juillet 2026 à Freetown, le président guinéen a demandé que ces mesures cessent d’être la première réponse aux crises politiques.
« Les sanctions ne sont pas la solution. Notre sous-région a trop souvent choisi la sanction comme premier réflexe quand elle devait être le dernier recours », a-t-il déclaré à l’ouverture du 69e sommet ordinaire de la CEDEAO.
Cette prise de parole avait une portée particulière. Il s’agissait de la première participation de Mamadi Doumbouya à une conférence des chefs d’État de la CEDEAO depuis le coup d’État du 5 septembre 2021 en Guinée.
Doumbouya défend les populations touchées
Dans son discours, le dirigeant guinéen a insisté sur les conséquences concrètes des sanctions économiques et diplomatiques. Selon lui, les mesures présentées comme une réponse contre un gouvernement atteignent d’abord les citoyens ordinaires.
« La sanction frappe d’abord et surtout les enfants dans les salles de classe, les femmes dans les marchés, les hommes dans les champs et les ateliers », a-t-il affirmé. Il a ajouté qu’elles privent les hôpitaux de médicaments, réduisent la disponibilité des produits essentiels et favorisent les trafics.
Mamadi Doumbouya a également soutenu qu’une organisation régionale ne pouvait pas corriger un État en appauvrissant son peuple. Il a appelé ses pairs à privilégier le dialogue et la recherche de solutions politiques avant d’envisager des mesures punitives.
La déclaration fait écho aux débats qui ont accompagné plusieurs crises récentes en Afrique de l’Ouest. La CEDEAO a imposé des sanctions à des pays dirigés par des militaires après des ruptures de l’ordre constitutionnel. Ces décisions ont souvent suscité des critiques sur leur efficacité et leur impact humanitaire.
Un appel à revenir à la mission économique de la CEDEAO
Le président guinéen a aussi demandé à l’organisation de revenir à sa vocation initiale. Il a rappelé que les fondateurs de la CEDEAO voulaient, en 1975, créer un marché commun capable de soutenir le commerce, le développement et la paix.
Pour Mamadi Doumbouya, l’intégration économique doit redevenir le principal moteur de la coopération régionale. Il estime que le renforcement des échanges, des infrastructures et de la circulation des personnes peut réduire les tensions entre les États.
« Là où il y a le développement économique, il y a la paix », a-t-il déclaré, en plaidant pour une organisation plus attentive aux besoins quotidiens de ses citoyens.
Le sommet de Freetown intervient alors que la CEDEAO cherche à redéfinir ses relations avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger, qui ont quitté l’organisation pour former l’Alliance des États du Sahel. Le dialogue avec ces trois pays figure parmi les dossiers qui pèsent sur l’avenir du bloc ouest-africain.
La Guinée réintégrée depuis janvier
La Guinée n’était pas visée par de nouvelles sanctions lors de cette réunion. La CEDEAO avait levé, le 28 janvier 2026, les dernières mesures prises après le putsch de 2021. Elle avait alors réintégré le pays dans ses organes de décision.
Cette décision avait suivi le référendum constitutionnel de septembre 2025 et l’élection présidentielle de décembre 2025, remportée par Mamadi Doumbouya avec 86,72 % des voix. La CEDEAO avait félicité le dirigeant tout en demandant à son gouvernement de renforcer la démocratie, la bonne gouvernance et l’État de droit.
Le retour de la Guinée marque donc un changement de statut pour un pays qui figurait depuis 2021 parmi les États africains dirigés par des militaires après un coup d’État. À Freetown, Mamadi Doumbouya a choisi d’utiliser cette réintégration pour contester la manière dont la CEDEAO traite ses crises internes.
Son discours place désormais la question des sanctions au centre du débat régional. Reste à savoir si les autres dirigeants accepteront de modifier les mécanismes de pression prévus lorsque les règles démocratiques sont rompues.
La rédaction






