Peuple frère du Sénégal, Peuple de la Teranga, Peuple sur la terre duquel sont nés certains de mes enfants et où tant de Guinéens ont trouvé accueil, dignité et avenir.
Je m’adresse à vous aujourd’hui avec respect, affection et gravité. Car ce qui se joue en ce moment sur les réseaux sociaux dépasse les simples mots malheureux ou les dérives individuelles. Ce sont des discours de haine, des propos de rejet, des attitudes de stigmatisation qui, s’ils ne sont pas arrêtés à temps, peuvent ouvrir la voie à des blessures profondes entre nos communautés.
Permettez-moi d’exprimer ici mon admiration, ma reconnaissance, ma gratitude, mes respectueux encouragements et mon soutien total à M. Guy Marius SAGNA, l’Honorable Député du Peuple Sénégalais , qui vient d’interpeller le gouvernement de la République du Sénégal à travers une question écrite d’une grande lucidité et d’un courage exemplaire.
Dans un contexte où la xénophobie en latence devient un phénomène inquiétant, sa démarche est celle d’un patriote africain, d’un homme d’État conscient des enjeux, d’un défenseur de la dignité humaine. Son initiative honore le Sénégal, honore la République, honore l’Afrique. Elle rappelle que la vigilance contre la haine n’est pas seulement un devoir politique : c’est un devoir moral, historique et civilisationnel.
Nous sommes un même peuple avant d’être deux États
Les frontières qui séparent nos Républiques ne sont pas nées de nos volontés. Elles ne sont pas le fruit de nos histoires. Elles ne sont pas l’expression de nos identités. Elles sont le résultat d’une cartographie coloniale, tracée sans nous, contre nous, et souvent au mépris de nos réalités humaines.
Avant ces frontières, nous étions les peuples sosso, mandingues, djallonké, wolofs, peuls, sèrère, bambaras, unis par les mêmes empires, les mêmes routes, les mêmes alliances, les mêmes solidarités. Nous étions un espace humain continu, vivant, respirant, commerçant, priant, combattant et rêvant ensemble.
Rappeler cela n’est pas un exercice historique. C’est une vérité fondamentale : nous sommes les mêmes peuples. Pour approfondir cette dimension, l’axe intégration socioculturelle est essentiel.
La xénophobie n’est jamais un simple “dérapage”. Elle est un poison social qui détruit d’abord celui qui le porte. Elle commence par des mots, puis elle devient des attitudes, puis des exclusions, puis des violences.
Nous avons vu ce que cela a produit ailleurs :
En #Mauritanie, où des fractures profondes ont laissé des cicatrices encore visibles.
En #Afrique_du_Sud, où l’afrophobie a pris des proportions tragiques, au mépris de l’histoire de solidarité africaine qui avait permis à ce pays de se libérer de l’apartheid.
Ces scénarios ne doivent jamais se reproduire au Sénégal. Jamais entre nos peuples. Jamais entre nos familles. Jamais entre nos enfants.
L’Afrique a toujours avancé grâce à la solidarité entre ses nations.
Lorsque l’#Algérie luttait contre la domination coloniale, ce sont des Africains qui l’ont soutenue. Lorsque l’#Angola, le #Liberia, la #Sierra_Leone, la #Guinée_Bissau traversaient la guerre civile ou la lutte armée, ce sont des Africains qui leur ont tendu la main. Lorsque nos peuples ont souffert, ce sont d’autres peuples africains qui ont répondu présents.
L’afrophobie est donc une trahison de notre histoire commune. Une insulte à la mémoire de ceux et celles qui ont donné leur vie pour une Afrique unie, solidaire, intégrée. Une offense aux pères fondateurs de nos nations, qui rêvaient d’un continent où les peuples se soutiennent et se respectent. Ce combat s’inscrit dans la logique de l’intégration politique africaine.
J’encourage fortement les États membres de la Ecowas Cedeao de l’Union africaine à se pencher davantage sur le phénomène croissant de l’afrophobie. Il est temps d’en faire une priorité régionale et continentale. Il est temps d’accélérer le processus d’intégration des peuples, de renforcer les ensembles sous-régionaux, et de donner un contenu concret à l’unité africaine.
L’intégration n’est pas un rêve : c’est une urgence. Elle est notre avenir ou nous n’aurons pas d’avenir.
Par la même occasion, j’invite respectueusement la 10ᵉ législature de la République de Guinée, sous la présidence charismatique du Dr Dansa Kourouma, à user pleinement de la diplomatie parlementaire pour rapprocher les positions, renforcer les synergies et harmoniser les mécanismes d’endiguement de ces relents démoniaques.
La xénophobie n’est pas un phénomène local : c’est un risque transfrontalier qui doit urgemment nous interpeler. Ses conséquences sont prévisibles, mais incalculables. Elles exigent une réponse coordonnée, concertée, fraternelle, entre les parlements, les gouvernements et les peuples.
La #Guinée et le #Sénégal ont toujours su dialoguer. Ils doivent aujourd’hui coopérer davantage, anticiper ensemble, protéger ensemble, prévenir ensemble.
La diplomatie parlementaire est un outil puissant. Elle peut devenir un rempart. Elle doit être rapidement mobilisée.
Sénégalais, Guinéens : nous sommes destinés à marcher ensemble
Peuple frère du Sénégal,
Je vous appelle à la vigilance, à la responsabilité, à la grandeur. À ne jamais laisser les réseaux sociaux devenir des armes de division. À ne jamais laisser quelques voix isolées détruire des siècles de fraternité. À protéger ce lien précieux qui fait de nos peuples des alliés naturels, des voisins bienveillants, des partenaires historiques.
La xénophobie n’a pas sa place entre nous. Elle n’a pas sa place en Afrique. Elle n’a pas sa place dans l’avenir que nous voulons construire pour nos enfants.
Joachim Baba Millimouno
Politologue






