Conakry — Une page majeure de l’histoire pénitentiaire de la Guinée est en train de se refermer. La Maison centrale de Conakry, située dans la commune de Kaloum, est progressivement démolie depuis le samedi 22 août. Ce lieu chargé d’histoire, qui a marqué pendant plus d’un siècle la mémoire politique et sociale du pays, disparaît peu à peu du paysage de la capitale guinéenne.
Construite à l’origine en 1903, durant la période coloniale, la prison actuelle remonte à 1933. Au fil des décennies, elle est devenue l’un des établissements carcéraux les plus connus de Guinée, à la fois pour son rôle dans l’administration pénitentiaire et pour son utilisation comme lieu d’enfermement politique.
Après l’indépendance du pays en 1958, la Maison centrale de Conakry a continué d’occuper une place particulière dans l’histoire nationale. Plusieurs personnalités politiques et figures publiques y ont été détenues, parmi lesquelles les anciens présidents Alpha Condé et Moussa Dadis Camara, ainsi que le journaliste Souleymane Diallo. Son nom reste associé aux périodes de tensions politiques, de répression et de luttes pour le pouvoir.
Pour Frédéric Le Marcis, anthropologue à l’École normale supérieure de Lyon, cette prison constitue un observatoire privilégié de l’histoire guinéenne. Son existence illustre la continuité des usages politiques de l’enfermement, depuis l’époque coloniale jusqu’aux régimes qui se sont succédé après l’indépendance.
Sous la colonisation française, la prison servait notamment à contrôler les populations et à sanctionner les opposants à l’ordre établi. Après 1958, elle a conservé cette dimension politique, devenant un lieu où furent envoyés certains adversaires ou figures contestées des différents pouvoirs.
Au-delà de ses murs, la Maison centrale de Conakry représente ainsi une partie de la mémoire collective du pays. Sa disparition soulève des interrogations sur la préservation des lieux historiques liés aux épisodes les plus sensibles de l’histoire nationale.
Alors que la capitale guinéenne se transforme, la démolition de cet ancien établissement pénitentiaire marque la fin d’un symbole. Mais son histoire, elle, demeure inscrite dans les récits de ceux qui ont connu les différentes périodes politiques que la prison a traversées.
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