Il faut parfois savoir appeler les choses par leur nom. Ce qui circule contre Moussa Moïse Sylla n’est pas une enquête, mais un ramassis d’allégations, emballé dans une prose de caniveau et servi au public comme une révélation fracassante. Son auteur, qui s’autoproclame « journaliste d’investigation », ressemble davantage, à la lecture de son texte, à un colporteur de ragots qu’à un professionnel de l’enquête. On y trouve des milliards qui auraient « disparu », des véhicules prétendument détournés, une réunion de cabinet transformée en énigme nationale et une supposée convocation à la Présidence présentée comme le début d’un scénario judiciaire. Beaucoup d’insinuations, beaucoup de points d’interrogation, mais une chose semble curieusement manquer : la preuve irréfutable.
Parlons donc de ces fameux 40 milliards de francs guinéens. Quarante milliards ! Une somme aussi colossale ne disparaît pas comme une paire de chaussures oubliée devant une mosquée. Elle laisse des traces : documents comptables, ordres de paiement, mouvements bancaires, contrats, procédures administratives, rapports d’audit. Si le prétendu enquêteur affirme détenir des documents, qu’il les mette sur la table. Pas des captures d’écran sorties de nulle part, pas des « selon nos informations », pas un mystérieux informateur dont personne ne connaît l’existence : des pièces authentifiables et vérifiables. C’est cela, enquêter. Le reste n’est qu’un bricolage de rumeurs destiné à fabriquer artificiellement un scandale.
Et que dire de cette histoire de véhicules ? Des pickups auraient été détournés, certains seraient même immatriculés comme véhicules personnels et stationnés dans une cour privée. Voilà une accusation extrêmement grave. Mais une accusation grave exige une démonstration à la hauteur de sa gravité. Numéros d’immatriculation, documents d’acquisition, propriété juridique, décisions d’affectation, procès-verbaux : où sont-ils ? Pourquoi ne pas les montrer ? Parce qu’en matière d’investigation, le journaliste ne demande pas au lecteur de croire sur parole : il lui donne les moyens de vérifier.
Puis arrive le fameux conseil de cabinet. Parce qu’une réunion n’aurait pas eu lieu, il faudrait immédiatement y voir la conséquence d’une affaire de corruption. Sérieusement ? Depuis quand une réunion administrative annulée ou reportée devient-elle automatiquement un indice de détournement ? À ce rythme, chaque changement d’agenda d’un ministre pourra devenir un « scoop ». Et lorsque l’auteur demande si le ministre serait « en résidence surveillée », on comprend surtout la mécanique : on pose une question dont on espère que le lecteur retiendra la réponse implicite. Ce n’est plus de l’enquête, c’est de l’insinuation.
Quant à la prétendue convocation à la Présidence, là encore, il faudrait savoir raison garder. Être reçu ou convoqué dans le cadre des affaires de l’État ne signifie pas être coupable de quoi que ce soit. Transformer une rencontre institutionnelle en preuve de culpabilité relève d’un raccourci intellectuel aussi spectaculaire que dangereux. Si une procédure judiciaire existe, que les institutions compétentes communiquent. Si une enquête est ouverte, qu’elle suive son cours. Mais qu’on cesse de fabriquer des procès dans les colonnes et sur les réseaux sociaux.
Ce qui dérange surtout dans cette affaire, c’est cette volonté de retourner contre Moussa Moïse Sylla son passé de journaliste. Oui, il fut hier un journaliste d’investigation qui dénonçait la mauvaise gouvernance et les détournements. Et alors ? Son passé ne le rend ni intouchable ni coupable par avance. La règle est la même pour tout le monde : s’il existe des faits, qu’ils soient établis ; s’il existe des preuves, qu’elles soient produites ; s’il existe une infraction, que la justice tranche. Mais personne ne peut raisonnablement demander au public de remplacer les enquêteurs, les auditeurs et les magistrats simplement parce qu’un agitateur de réseaux sociaux a décidé de distribuer des accusations.
La liberté de la presse est précieuse. Mais elle n’est pas un permis de salir. L’investigation est noble lorsqu’elle recherche la vérité ; elle devient pathétique lorsqu’elle sert de couverture à un règlement de comptes. À force de crier au scandale sans apporter les éléments permettant de le démontrer, le spécialiste autoproclamé des accusations sans preuves finit par poser une question qui le concerne lui-même : qui enquête sur l’enquêteur ?
Alors, au pourvoyeur de rumeurs, une invitation simple : sortez les preuves. Les vraies. Les authentifiables. Les vérifiables. Les documents qui résistent à l’examen contradictoire. Parce qu’une République sérieuse ne condamne pas sur la base d’un texte publié à la hâte, et un véritable travail d’investigation ne tremble pas devant la contradiction.
On peut fabriquer un scandale avec des mots. On ne fabrique pas une preuve avec des points d’interrogation.
Par Barkatigui.Banany Bâ : quand le colporteur de ragots se prend pour un enquêteur
Il faut parfois savoir appeler les choses par leur nom. Ce qui circule contre Moussa Moïse Sylla n’est pas une enquête, mais un ramassis d’allégations, emballé dans une prose de caniveau et servi au public comme une révélation fracassante. Son auteur, qui s’autoproclame « journaliste d’investigation », ressemble davantage, à la lecture de son texte, à un colporteur de ragots qu’à un professionnel de l’enquête. On y trouve des milliards qui auraient « disparu », des véhicules prétendument détournés, une réunion de cabinet transformée en énigme nationale et une supposée convocation à la Présidence présentée comme le début d’un scénario judiciaire. Beaucoup d’insinuations, beaucoup de points d’interrogation, mais une chose semble curieusement manquer : la preuve irréfutable.
Parlons donc de ces fameux 40 milliards de francs guinéens. Quarante milliards ! Une somme aussi colossale ne disparaît pas comme une paire de chaussures oubliée devant une mosquée. Elle laisse des traces : documents comptables, ordres de paiement, mouvements bancaires, contrats, procédures administratives, rapports d’audit. Si le prétendu enquêteur affirme détenir des documents, qu’il les mette sur la table. Pas des captures d’écran sorties de nulle part, pas des « selon nos informations », pas un mystérieux informateur dont personne ne connaît l’existence : des pièces authentifiables et vérifiables. C’est cela, enquêter. Le reste n’est qu’un bricolage de rumeurs destiné à fabriquer artificiellement un scandale.
Et que dire de cette histoire de véhicules ? Des pickups auraient été détournés, certains seraient même immatriculés comme véhicules personnels et stationnés dans une cour privée. Voilà une accusation extrêmement grave. Mais une accusation grave exige une démonstration à la hauteur de sa gravité. Numéros d’immatriculation, documents d’acquisition, propriété juridique, décisions d’affectation, procès-verbaux : où sont-ils ? Pourquoi ne pas les montrer ? Parce qu’en matière d’investigation, le journaliste ne demande pas au lecteur de croire sur parole : il lui donne les moyens de vérifier.
Puis arrive le fameux conseil de cabinet. Parce qu’une réunion n’aurait pas eu lieu, il faudrait immédiatement y voir la conséquence d’une affaire de corruption. Sérieusement ? Depuis quand une réunion administrative annulée ou reportée devient-elle automatiquement un indice de détournement ? À ce rythme, chaque changement d’agenda d’un ministre pourra devenir un « scoop ». Et lorsque l’auteur demande si le ministre serait « en résidence surveillée », on comprend surtout la mécanique : on pose une question dont on espère que le lecteur retiendra la réponse implicite. Ce n’est plus de l’enquête, c’est de l’insinuation.
Quant à la prétendue convocation à la Présidence, là encore, il faudrait savoir raison garder. Être reçu ou convoqué dans le cadre des affaires de l’État ne signifie pas être coupable de quoi que ce soit. Transformer une rencontre institutionnelle en preuve de culpabilité relève d’un raccourci intellectuel aussi spectaculaire que dangereux. Si une procédure judiciaire existe, que les institutions compétentes communiquent. Si une enquête est ouverte, qu’elle suive son cours. Mais qu’on cesse de fabriquer des procès dans les colonnes et sur les réseaux sociaux.
Ce qui dérange surtout dans cette affaire, c’est cette volonté de retourner contre Moussa Moïse Sylla son passé de journaliste. Oui, il fut hier un journaliste d’investigation qui dénonçait la mauvaise gouvernance et les détournements. Et alors ? Son passé ne le rend ni intouchable ni coupable par avance. La règle est la même pour tout le monde : s’il existe des faits, qu’ils soient établis ; s’il existe des preuves, qu’elles soient produites ; s’il existe une infraction, que la justice tranche. Mais personne ne peut raisonnablement demander au public de remplacer les enquêteurs, les auditeurs et les magistrats simplement parce qu’un agitateur de réseaux sociaux a décidé de distribuer des accusations.
La liberté de la presse est précieuse. Mais elle n’est pas un permis de salir. L’investigation est noble lorsqu’elle recherche la vérité ; elle devient pathétique lorsqu’elle sert de couverture à un règlement de comptes. À force de crier au scandale sans apporter les éléments permettant de le démontrer, le spécialiste autoproclamé des accusations sans preuves finit par poser une question qui le concerne lui-même : qui enquête sur l’enquêteur ?
Alors, au pourvoyeur de rumeurs, une invitation simple : sortez les preuves. Les vraies. Les authentifiables. Les vérifiables. Les documents qui résistent à l’examen contradictoire. Parce qu’une République sérieuse ne condamne pas sur la base d’un texte publié à la hâte, et un véritable travail d’investigation ne tremble pas devant la contradiction.
On peut fabriquer un scandale avec des mots. On ne fabrique pas une preuve avec des points d’interrogation.
Par Barkatigui.






