Nombreuses sont les passions qui ne souffrent point la médiocrité. Nombreux sont les héritages que l’on ne saurait dilapider sans commettre un crime contre la mémoire d’une nation.
Le football, en notre chère Guinée, est de ces feux sacrés qui, s’ils s’éteignent, laissent le cœur du peuple dans une obscurité profonde et amère. Or, force est de constater que depuis trop longtemps, ce qui fut notre fierté est devenu le théâtre d’une comédie humaine où l’incompétence dispute la place à l’intrigue.
Comme le rappelait si justement un moraliste classique : « La politique est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire. » Aujourd’hui, ce qui est nécessaire, ce qui est impérieux, c’est d’arracher le football guinéen des mains de ceux qui le tiennent en otage. Les crises successives qui ont émaillé la vie de la Fédération Guinéenne de Football (FEGUIFOOT), du régime précédent à nos jours, ne sont pas de simples turbulences ; elles sont le signe d’une déliquescence morale et technique. La nouvelle crise qui vient d’éclater, marquée par des démissions en cascade et une paralysie institutionnelle, est l’ultime avertissement avant le naufrage définitif.
Le peuple de Guinée mérite mieux que ce spectacle désolant. Il mérite de retrouver la stabilité et l’efficacité qui furent la marque de fabrique de notre football sous le magistère de Monsieur Mamadou Antonio Souaré. On ne peut nier l’évidence : il fut un temps, pas si lointain, où la Guinée parlait au monde avec assurance sur les terrains de football. Les infrastructures s’érigeaient, la rigueur était la norme, et le désintéressement au service de la patrie n’était pas un vain mot. « On ne mesure pas la grandeur d’un homme à ce qu’il possède, mais à ce qu’il est capable d’apporter à son pays. »
La refondation de notre football ne se fera pas avec des discours incantatoires ou des arrangements de couloir. Elle exige un profil rare, une synthèse de vertus que nous devons avoir le courage de rechercher et d’imposer, à l’instar de nombreuses grandes nations de football. Il est grand temps que le premier supporter du football de notre pays tape du poing sur la table. Le football guinéen doit être confié à quelqu’un qui, avant tout, aime et connaît la Guinée dans ses fibres les plus intimes ; quelqu’un qui respire le football guinéen et en comprend les arcanes techniques. Il nous faut un technicien pragmatique, capable de résoudre les crises par la raison et non par la force, un homme humble mais ferme, loyal envers les institutions et rigoureux dans la gestion, capable de tout donner pour un football de haut niveau dans son pays. Ce profil existe bel et bien. C’est un secret de Polichinelle. Pourquoi continuer à tourner autour de la solution alors que les autres avancent sans nous attendre ?
Il est définitivement inacceptable que des incapables, mus par des ambitions personnelles démesurées, privent toute une nation de ce sport qui est notre plaisir commun et notre passion collective. « La clémence envers les incapables est une cruauté envers le peuple. » Il est temps que les autorités et les membres statutaires fassent preuve de cette sagesse antique qui consiste à remettre le sceptre à celui qui sait le porter pour le bien de tous.
Nous appelons à un sursaut patriotique. Que les intérêts partisans s’effacent devant la majesté de l’intérêt national. Que le mérite redevienne la seule boussole de nos choix. La Guinée a besoin de retrouver son lustre d’antan, ce temps où le football était une fête et non un fardeau. Redonnons au peuple ses rêves, et à nos sportifs les moyens de leur talent.
L’histoire ne pardonne pas aux nations qui sacrifient leur génie sur l’autel de la médiocrité. Il est encore temps de changer de cap, de confier notre destin footballistique à la compétence et à la loyauté. Pour que demain, sur tous les terrains d’Afrique et d’ailleurs, le nom de la Guinée résonne à nouveau avec la force de la victoire et l’éclat de la dignité retrouvée.
Que chacun, à son poste, prenne ses responsabilités devant Dieu et devant l’Histoire. Car au soir de notre vie, nous ne serons pas jugés sur les honneurs que nous avons reçus, mais sur la solidité des édifices que nous avons construits pour les générations futures.
BASSAMBA AMINE





