La capitale guinéenne fait face à une crise préoccupante de gestion des déchets. Depuis la fermeture de l’immense décharge de Dar-es-Salam, à la suite d’un glissement de terrain meurtrier ayant coûté la vie à 35 personnes, les ordures s’accumulent dans plusieurs quartiers de Conakry. Une situation qui plonge les populations dans un environnement insalubre et fait craindre de graves conséquences sur la santé publique.

Dans les rues, aux abords des habitations et le long des trottoirs, les tas d’immondices se multiplient. Faute d’un système régulier d’évacuation, certains espaces publics se transforment progressivement en dépotoirs à ciel ouvert. Les habitants, confrontés aux mauvaises odeurs et à la prolifération des nuisibles, ne cachent plus leur inquiétude.
« On ne peut pas vivre avec les ordures. C’est très difficile à cause des odeurs. Des vers commencent à apparaître, c’est terrible, vraiment terrible. Cela peut même provoquer des maladies. Ce n’est vraiment pas bon », témoigne Mariam Bayo, une habitante de Conakry.
Au cœur de cette situation figure le dysfonctionnement du dispositif de collecte des déchets. Depuis plusieurs semaines, les services de ramassage se font rares, laissant les ménages sans véritable solution pour se débarrasser de leurs ordures. Face à cette défaillance, de nombreux citoyens finissent par déposer leurs déchets dans des espaces disponibles, contribuant ainsi à l’aggravation de l’insalubrité.
« En ce moment, ils ne viennent plus ramasser les ordures. Avant, ils passaient deux fois par semaine, mais il arrive désormais que nous attendions deux, voire trois semaines sans les voir. J’ai donc été obligée de solliciter quelqu’un pour évacuer les déchets. Nous étions même en train de préparer le sol pour y mettre le feu », explique Mariam Bayo.
La crise actuelle met également en évidence les difficultés structurelles auxquelles est confrontée la gestion des déchets dans la capitale. Depuis quelques années, le site de Baritode, situé dans la périphérie de Coyah, était envisagé comme principale destination des déchets collectés à Conakry. Toutefois, son éloignement et les difficultés de circulation, notamment les embouteillages, ont considérablement compliqué son exploitation à grande échelle.
Pour les professionnels du secteur, l’insuffisance des infrastructures et le manque de moyens constituent des obstacles majeurs à la mise en place d’une véritable politique de gestion des déchets.
« Quand on n’a pas les moyens, on ne peut pas se lancer dans la gestion des déchets. Nos difficultés consistent, tout d’abord, à obtenir une décharge en Guinée, car nous travaillons dans la collecte, le transport, le tri et la valorisation des déchets », souligne Siriman Condé, directeur de BCEIP Environnement, une PME spécialisée dans la collecte et la valorisation des déchets.
L’ampleur du défi est considérable. Conakry produit quotidiennement près de 3 000 tonnes de déchets, un volume qui nécessite des infrastructures adaptées, des moyens logistiques conséquents et une organisation efficace de toute la chaîne de collecte et de traitement.
Face à cette urgence environnementale et sanitaire, les autorités guinéennes ont engagé des travaux de réhabilitation de la décharge de Dar-es-Salam. Une initiative particulièrement attendue par les populations, qui espèrent une reprise rapide et durable du ramassage des ordures.
En attendant, les habitants de Conakry continuent de subir les conséquences de cette crise d’assainissement. Au-delà de la question de la salubrité urbaine, c’est désormais un véritable enjeu de santé publique qui se pose pour la capitale guinéenne.
Malal





