Le choix du franc guinéen pour financer l’emprunt obligataire de l’État en 2026 n’est pas anodin. Le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Dr Karamo Kaba, a apporté des explications sur cette orientation stratégique, qui vise notamment à renforcer la mobilisation de l’épargne nationale et à limiter les risques liés à l’endettement en devises étrangères.
Selon le gouverneur, emprunter en monnaie nationale présente un avantage majeur pour les finances publiques : celui de réduire l’exposition de l’État aux fluctuations des taux de change. En effet, lorsqu’un pays contracte une dette en devises étrangères, comme le dollar ou l’euro, une dépréciation de sa monnaie nationale peut considérablement alourdir le coût du remboursement.
En privilégiant le franc guinéen, l’État entend donc mieux maîtriser ses engagements financiers et développer davantage le marché obligataire national.
Une mobilisation qui dépasse largement les prévisions
Lancée le 25 septembre et clôturée le 23 octobre 2026, cette opération avait pour objectif initial de mobiliser 2 500 milliards de francs guinéens. Mais les résultats ont largement dépassé les attentes des autorités.
Au total, 4 579,145 milliards de GNF ont été souscrits, soit un taux de couverture de 183,17 %. Cette mobilisation représente un dépassement de plus de 2 079 milliards GNF par rapport à l’objectif de départ.
L’emprunt, structuré sur une maturité de cinq ans, propose un taux d’intérêt annuel de 11 %. Il s’agit de l’une des opérations les plus importantes réalisées sur le marché financier domestique guinéen.
Le marché national au cœur de la stratégie de financement
Pour Karamo Kaba, cette performance traduit notamment la capacité du système financier guinéen à accompagner les besoins de financement de l’État. Le gouverneur considère que les montants mobilisés, les taux d’intérêt consentis et les délais de remboursement constituent autant d’indicateurs permettant d’apprécier la confiance des investisseurs envers un État.
Il a également encouragé les autorités à envisager des maturités plus longues lors des prochaines émissions obligataires. Il souhaite par ailleurs un élargissement de la participation aux compagnies d’assurance et aux institutions de microfinance, afin de diversifier les sources de financement et de renforcer la profondeur du marché financier national.
Des ressources destinées aux investissements structurants
Les fonds mobilisés doivent contribuer au financement des priorités de développement du pays, notamment dans le cadre du Programme Simandou 2040. Les secteurs des infrastructures routières, de l’énergie, de la santé, de l’éducation et de l’agriculture figurent parmi les domaines concernés.
Au-delà du montant record enregistré, cette opération pose toutefois un enjeu essentiel : assurer une utilisation efficace, transparente et rigoureuse des ressources collectées.
Pour les autorités économiques, le recours à l’épargne nationale constitue ainsi un levier pour diversifier les sources de financement du développement et renforcer progressivement l’autonomie financière de la Guinée.
Le véritable défi sera désormais de transformer les ressources mobilisées en réalisations concrètes et en bénéfices tangibles pour les populations.
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